La recette du succès!

Une chronique de Martin McGuire

Publié le 23 mai 2017

APTOPIX Ducks Predators Hockey

©The Associated Press

Vive les Prédateurs! Ils sont en finale. L'histoire la plus charismatique de ces présentes séries se poursuivra jusqu'au bout.

Les Preds se sont qualifiés pour la finale en tassant du revers de la main les Ducks d'Anaheim, qui, avec un style avoisinant celui des années 70 et 80, ont tout fait pour les arrêter, en les martelant, les frappant, en se servant du laxisme face à l'application des règles sur la glace par les officiels… supportés par les directeurs généraux. Contre toutes attentes, Nashville sera sur le plancher de danse pour le dernier numéro. Vous pouvez être contents pour plusieurs raisons. D'abord, au Québec, nul doute que la présence de P.K. Subban, encore très fort dans le cœur des Québécois, rend cette ascension en finale très intéressante.

Là où l'amateur de hockey se réjouit est qu'une fois de plus, le talent peut mener jusqu'au bout. Les Ducks en ont du talent, avec Getzlaf, Perry, Fowler et compagnie. Mais l'approche préconisée par l'entraîneur Randy Carlyle les a fait pratiquer un style de hockey qui, malheureusement, démontre un net recul quant à la progression du sport du hockey sur glace. C'est pour ça que vous devez entre autres vous réjouir de la présence des Preds en finale.

Il faut aussi souligner l'incommensurable effort et la détermination déployés par le gardien de but Pekka Rinne. Sa performance depuis le balayage inattendu face aux Blackhawks en première ronde, qui a sûrement propulsé les Preds et convaincu tout le monde que tout était possible, confirme qu'un gardien de premier plan, élite, permet aux équipes de maximiser leurs forces et leur talent.

Il n'y a pas une énorme différence au point de vue des capacités entre les Ducks et les Prédateurs. Il y a seulement un gardien qui fait la différence quand ça compte. Rinne est l'homme masqué par excellence des séries. Longtemps au coude à coude avec Price et Lundqvist, Rinne a subi de graves blessures qui l'ont ralenti au cours des dernières années, au point de le faire douter qu'il serait une pièce maîtresse capable d'amener son équipe au bout. Cette année toutefois, il amène son équipe à la dernière danse après avoir gâché des saisons en raison de ces blessures.

Sa performance envoie un message positif jusqu'au bureau de direction du Canadien, à Montréal. Rinne vient de démontrer que lorsque vous possédez un gardien de premier plan capable de transformer une défaite en victoire, capable de protéger une mince avance jusqu'au dernier son de cloche, ç'a de la valeur. Ça renforce l'idée que Price est indispensable si le Canadien veut obtenir du succès. Ça défait aussi la théorie de ceux qui croyaient qu'il valait peut-être mieux l'échanger pour obtenir trois défenseurs (!!!) et deux joueurs de centre peut-être. Permettez-moi d'exagérer, je fais un peu d'ironie…

Les Prédateurs sont bien bâtis, ils protègent bien leur excellent gardien avec un quatuor défenseurs de premier niveau. Ils ont aussi pu compter sur des joueurs de soutien de top niveau pour remplacer Johanssen et Fisher, tombés au combat sous les coups de hache illégaux des Ducks d'Anaheim. Colton Sissons représente aussi cette catégorie de joueurs.

Les Penguins de Pittsburgh possèdent aussi ce genre de joueurs de soutien de qualité qui font une différence quand vos joueurs-vedettes sont couverts de bleus.

La victoire des Preds confirme aussi l'adage disant que plus vous avez de bons joueurs de  soutien, plus vous avez des chances de vous rendre loin.

Il est beau d'avancer tout ça, mais il est plus difficile d'appliquer les solutions menant à ce type de succès. Encore là, l'entraîneur Pete Laviolette est un ingrédient indéniable. Il est parmi un petit groupe sélect d'entraîneurs, soit 4, dans toute l'histoire de la ligue, a avoir amené trois équipes différentes en finale de la Coupe. Ce n'est pas rien!

Le Canadien possède aussi un entraîneur de même calibre en la personne de Claude Julien. La différence réelle selon moi entre les deux organisations, elle est au niveau du développement de qualité des joueurs et peut-être aussi du recrutement.

Si Marc Bergevin, lors de ses post-mortem de saison, nous a dit et répété que faire des échanges ce n'est pas facile, que ce soit en raison de la disponibilité du talent ou du plafond salarial, il y a un endroit où les règles du plafond ne s'appliquent pas, c'est dans le recrutement et l'encadrement. C'est là que la différence doit se faire. Comment arrive-t-on à amener des joueurs tels que Sherry et Jake Guentzel à Pittsburgh, ou Colton Sissons à Nashville, pour que ce talent vienne supporter rapidement les joueurs de haut niveau? Dites-moi sérieusement si Ryan Johanssen est si supérieur que ça à Galchenyuk. Comme mon collègue Bergy le dit souvent, poser la question, c'est y répondre. La différence est dans le groupe de soutien.

Seules quelques équipes d'exception, comme les Penguins, les Blackhawks et les Oilers, ont réussi, favorisées par la loterie et plusieurs années de misère, à mettre la main sur une paire de joueurs de concession et les intégrer au sein de la même masse salariale. Les autres, pour espérer aux grands honneurs, doivent bâtir une équipe avec du talent greffé sur chacune des unités offensives et au moins dans les deux premiers duos de défenseurs. C'est un peu comme ça que les Preds sont bâtis, les Sénateurs aussi. Malgré leur élimination en deuxième ronde, les Rangers aussi.

Le défi pour les Habs sera de faire en sorte que les joueurs comme McCarron, Hudon, les défenseurs comme Juulsen, Sergachev et Jeremiah Addison, puissent intégrer rapidement le groupe de soutien du Canadien. Les statistiques de ces joueurs démontrent que le talent et le potentiel y sont. Reste à savoir qui pourra faire éclore ce potentiel.

À travers la LNH

À part les trois équipes, à l'écriture de ces lignes, encore en vie dans ces présentes séries, les autres formations, y compris le CH, scrutent le talent à travers la planète et prennent des décisions.

Le Championnat mondial de hockey, remporté par les Suédois, qui ont pris une douce revanche contre le Canada, a été suivi par la majorité des équipes de la LNH. On scrute attentivement les joueurs d'outre-mer. Il y a le repêchage d'expansion qui coûtera cher à certaines équipes et en forcera quelques-unes à se départir d'un joueur qu'elles auraient aimé garder. Il faudra les remplacer. De là l'ouverture vers ces joueurs d'ailleurs, dans la vingtaine, capables de venir prêter main-forte.

Comme à l'Habitude, la Coupe Memorial est un rendez-vous pour les hommes de hockey. Le CH y est, comme les autres équipes. Là aussi, le talent est scruté à la loupe et les évaluations sont cruciales. En coulisses, il y a un jeu d'échecs commencé depuis quelque temps entre certains clubs voulant s'accommoder avec les Golden Knights de Las Vegas. Leur dg, Georges McPhee, a probablement trois téléphones dans sa poche tellement ses lignes doivent être rouges! Ça va bouger avant et après le repêchage d'expansion. Il y aura peut-être des trouvailles intéressantes, sait-on jamais.

Fleury devra tourner la page

En début de séries, un peu comme Pekka Rinne, Marc-André Fleury a fait preuve de flegme pour amener les Penguins là où ils sont. Mais oups, il aura fallu une défaillance, qu'il plie un genou au moment où Matt Murray était rétabli de sa blessure pour que Mike Sullivan fasse le changement. Fleury est redevenu le numéro 2.

L'historique ne manque pas. Sullivan a eu du succès dans la Ligue américaine et a gagné sa seule Coupe avec Murray. Alors encore une fois, Fleury avale sa pilule, se comportera comme un joueur d'équipe exemplaire et passera son tour. À moins que Murray tombe au combat, il regardera tout ça du bout du banc. C'est ainsi.

La question soulevée il y a quelques semaines, à savoir si on devait protéger Fleury, a été répondue. Fleury fera ses bagages et quittera Pittsburgh, avec ou sans la bague de la Coupe. Il jouera ailleurs l'an prochain pour son bien. Il y a des limites à ce que quelqu'un peut faire pour aider les autres à son propre détriment.

Par contre, la tristesse se lit dans le visage du gardien sorelois. Pourquoi? C'est simple: parce qu'à moins d'une grande surprise inexplicable, s'il se retrouvait à la base de la nouvelle équipe à Vegas, Fleury, déjà arrivé à la trentaine, ne touchera peut-être plus à la Coupe Stanley d'ici à la fin de sa carrière.

Ce qu'il y a derrière les yeux tristes de Fleury, c'est ça. En quittant ses amis Crosby et Letang, il s'éloigne de la possibilité de gagner un autre championnat.

Refaire sa vie à Vegas avec sa petite famille et un contrat solide, y'a rien de mal à ça. Mais savoir que sa chance de remporter une autre Coupe, dans la dernière ligne de sa carrière, est plus dure à avaler.