Lettre à mon anxiété

Amélie Caron de l'École Sacré-Cœur de Gracefield

Publié le 13 mars 2016
Étudiant Outaouais

 

 

Chère anxiété, voilà déjà quelques mois que tu t'es installée dans ma vie et maudit que je te déteste. Quelques mois que tu m'étouffes pis que tu m'empêches d'être heureuse. Que tu m'empêches de voir la lumière au bout du tunnel. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis écœurée de toi.

Tsé, je n'ai jamais pensé qu'on allait se rencontrer nous deux. Je me disais que cela arrivait aux autres, pas à moi. On ne pensait pas que c'était toi au début. Je te le jure que quand le médecin m'a dit qu’il fallait que j'aille voir un psy, j'avais juste le goût de pleurer. Je ne voulais pas : « Pourquoi j'irais vois un psy ? J'suis pas folle. »  Et j'ai pleuré, encore et encore. Je pensais que j'allais mourir tellement je pleurais. Ça ne pouvait pas être ça. Ensuite, ç’a été les engueulades avec mes proches. Ils ne comprenaient pas. D'ailleurs moi-même j'ai de la difficulté à te comprendre, alors que ça fait déjà un moment qu'on cohabite.

Et j’ai commencé à sombrer.

Ça allait mal et ça va encore mal. Je m'imagine des trucs et je stresse pour rien. Pour des choses qui, dans le fond, ne vont peut-être même pas arriver. Et, ensuite, ç’a été les médicaments. J'ai l'impression que c'est pire depuis, que c'est tes amis eux et pas les miens. C'est juste vraiment pire. J'ai de la difficulté à aller à l'école. À être trop entouré. De toute faire. Même de manger. J'ai pu faim. Je perds du poids. Je me détériore à cause de toi.

À cause de toi, je suis tout le temps stressée et je n'arrive pas à dormir. À cause de toi, je suis tout le temps fatiguée. Les cernes arrivent, s'installent et creusent mon visage. J'ai d'l'air aussi vivante qu'un mort-vivant juste pour te dire.

Tu me détruis. J't'hais plus que tout.

Et finalement ç’a été l'hôpital.  J'ai tellement pleuré quand ma mère a décidé de m'emmener me faire 'checker'. Je sais même plus le nombre de fois que je me suis excusée à elle et à dire que c'était pas ma faute, que c'était de la tienne. Mais j'ai l'impression que les gens ne comprennent pas. Que tu n'es pas juste dans ma tête, que t'existe vraiment.

J'ai vu le médecin et il m'a dit que je devais me faire évaluer par le psychiatre. J'ai encore pleuré. Maintenant, je suis convaincue d'être folle..

À cause de toi, j'ai de la misère à l'aimer lui. Parce que tsé, si je ne suis pas capable de dealer avec moi-même, comment est-ce que lui pourrait  dealer avec moi ? Je m'en veux de lui faire vivre tout ça par ta faute. Il ne mérite pas de faire ta connaissance. Il est trop bien pour toi.

Et aujourd'hui, je suis encore plus fatiguée qu'hier, mais probablement moins que demain. Je passe mes nuits d'insomnie à t'haïr et à pleurer. Parce qu'au fond, j'ai l'impression que c'est la seule chose que je peux faire. Pis je le sais que le fait que je pleure fait juste me montrer que t'as gagné. Encore une fois.  Je compte plus le nombre de victoires que tu as. Mais je te le dis, une bonne fois, ça va être moi qui va gagner et tu vas prendre le champ ben vite.