L’émancipation de la femme, un combat éternel

Maria-Sara Florez de l'École secondaire de l’Île

Publié le 27 décembre 2016

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Avez-vous déjà été tenu(e) de suivre un code vestimentaire insensé? Vous savez, ces codes rédigés selon des conventions abstraites aux racines peu laïques. Ou bien, vous souvenez-vous, lorsque vous aviez douze ou treize ans, de ces jeunes qui étaient allés plus loin qu'un bisou sur la joue ?

Si c’était un garçon, quel héros! Mais si c'était une fille, alors là, c'était une pute. Quel double standard ! Nombreux sont ceux qui affirment que le sexisme est un problème ayant été éradiqué au temps des suffragettes et qu’il n’aurait plus sa place en 2016. Or, même en excluant des sociétés aux mœurs plus conservatrices, la lutte n’est certainement pas gagnée : Je pense que la femme n'est pas émancipée. Plusieurs phénomènes le démontrent, mais je voudrais m'attarder sur celui du slut shaming (traduction mot pour mot: intimidation des salopes).

                                                                                  Grosso modo, c'est une attitude collective selon laquelle vivre sa sexualité au féminin hors des limites patriarcales (pas de sexe avant le mariage, n'avoir qu'un seul partenaire, pas de masturbation, etc.) est condamnable. Bien qu’universelles, je vais m'attarder à deux manifestations du slut shaming dans notre société; l'inculpation des victimes d'agression sexuelle et la stigmatisation des travailleuses du sexe. Ces cas récurrents dans la vie d'aujourd'hui prouvent l'omniprésence du slut shaming, démontrant que non, la femme n'est toujours pas émancipée.

 

D’abord, la culpabilisation des victimes d'agression sexuelle est un exemple de cette problématique sociétale. Dans le cas où la victime est une femme et où l'agresseur est un homme (car il peut en être autrement), il serait sensé de le déclarer coupable. Or, il n'est pas rare d'entendre des gens accuser la victime de «l'avoir cherché». Sauf que cela revient à dire que s'habiller ou agir d'une certaine façon autorise un viol. Tant qu'il n'y a pas de consentement des deux côtés, il y a agression ; qu'elle se défende ou pas, qu'elle se couvre ou pas, qu'elle ait dit oui avant ou pas, qu'elle ait laissé sous-entendre quelque chose ou pas. Sans oui, c’est toujours non. Le viol ne doit pas être honteux pour la victime, mais bien pour l’agresseur.

Le terme slut  shaming le résume bien: Les prostituées sont considérées comme des criminelles. La prostitution, le plus vieux métier du monde, est souvent vue comme quelque chose de dégradant. On la confond même  avec le trafic humain qui lui, en bafouant une panoplie de droits fondamentaux, a toutes les raisons d'être condamné. On oublie trop souvent que le commerce charnel consiste en l'échange rénuméré de faveurs sexuelles entre des adultes consentants. Une prostituée est donc une personne payée en échange d’un service offert. À mon humble avis, le commerce du sexe, encadré et exercé en toute légalité, représente une industrie beaucoup plus éthique que certaines multinationales qui engagent des enfants comme cheap labor.

Le sexe est encore beaucoup trop tabou. On peine à expliquer aux enfants comment ils ont été créés, les adolescents savent vaguement se servir d'un condom, les filles ont honte de se masturber, les garçons sont complexés par leur pénis (la taille étant définie par un modèle pornographique), on n'a aucune idée du fonctionnement d'un vagin, on pense qu'on ne peut être qu'homme ou femme, qu'on ne doit aimer que le genre opposé. Nous vivons dans une société qui est plus dégoûtée par les menstruations que par le viol (Maycraft, 2014), et c'est là le cœur du problème; le sexe doit arrêter d’être perçu comme une chose «infâme», mais bien la base fondamentale de la vie.  

Oui, dans notre société, les femmes peuvent devenir des entrepreneuses importantes ou des modèles politiques, porter des pantalons et s'éduquer. Mais est-ce assez? Pourquoi cette «liberté» ne s'applique-t-elle pas à leur sexualité, encore restreinte par des codes invisibles? Car le combat n'est pas terminé. Les femmes ne sont pas émancipées et le slut shaming est omniprésent. C'est à cause de cela que certaines victimes de viol voient leurs plaintes se retourner contre elles et que les travailleuses du sexe font face à des regards chargés de préjugés ! Et c'est sans nommer la biphobie et l'homophobie particulièrement haineuses, les codes vestimentaires tout à fait phallocrates, la désapprobation du maquillage sous prétexte que ce n'est «pas naturel», etc. Tant et aussi longtemps que la femme se verra contrainte sexuellement, il me sera impossible de considérer que, dans ce monde, elle est traitée comme une personne égale à l'homme.