Le malheur n’est pas objectif

Alice Savard du Collège Saint-Joseph

Publié le 23 décembre 2016

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Le malheur n’a pas de condition sociale, pas de niveau d’éducation et pas d’âge. Le malheur peut toucher n’importe qui, n’importe quand et pour n’importe quelle raison.

Pourtant, le malheur d’une personne plus haut placée dans la société, avec une situation plus enviable, sera souvent moins crédible aux yeux de la société que celui de quelqu’un à qui personne ne pourrait envier la situation.

Qui n’a jamais entendu « Arrête de te plaindre, il y a des petits Africains qui meurent de faim ! », « Vous trouvez peut-être que le système d’éducation fait défaut, mais pendant ce temps, Malala se bat pour avoir le droit d’aller à l’école » ou encore « Je déteste mon travail, mais je n’ai pas le droit de me plaindre, il y a tant de jeunes diplômés/chômeurs/personnes dans une situation moins valorisée que la mienne qui voudrait mon travail ! ». Comme si le fait qu’il y ait des gens dans des situations pires que la nôtre rendait notre souffrance moins vive. Comme si, sous prétexte que d’autre souffre, notre souffrance était moins réelle.

Par exemple, si un jeune bourgeois ayant grandi dans l’amour et la sécurité, appelons-le Paco, se querelle avec son meilleur ami, il va être triste, avoir peur de perdre quelqu’un qu’il aime, et cela pourrait vraiment le blesser. À la limite, il pourrait avoir des idées noires et cela pourrait être la plus grande tragédie qu’il n’ait jamais vécue. Cependant, il y a des gens de son âge qui perdent des proches, ont le cancer, se retrouvent pris dans la drogue et la prostitution juvénile, certains sont victimes d’inceste, d’autres de violence. À côté de cela, sa petite chicane avec son ami semble anodine, futile, négligeable, pourtant, ça n’enlève pas que, pour Paco, c’est la fin du monde, il n’a pas moins envie de mourir et n’est pas moins anxieux sous prétexte que d’autres vivent dans de pires conditions.

Nous avons tendance à juger la souffrance des autres selon ce qui la cause et non sur son impact. Tout le monde n’a pas la même réaction face aux mêmes évènements. Que quelqu’un veuille mourir parce qu’il s’est fait violer ou parce qu’il n’a pas été choisi pour être le capitaine de son équipe de génie en herbe, le problème est le même : il a envie de mourir. Une tristesse, un malheur n’est pas moins valable, car quelqu’un considère les circonstances comme plus bénignes.

De plus, parfois le malheur vient sans motif. Parfois, on souffre tout en étant incapable de comprendre pourquoi, sans raison. Parfois, on peut exploser en sanglots, au milieu d’un moment tout à fait anodin, seulement car il nous est impossible de nous contenir. Parfois, une broutille peut énormément affecter quelqu’un parce qu’il y a de nombreux évènements difficiles qui lui sont arrivés dans les dernier temps. Ce que tu vois, c’est quelqu’un pleurer parce qu’il a perdu sa collection de timbres, mais, en fait, cette personne pleure parce que sa mère a le cancer, qu’il vient de vivre une rupture difficile, qu’il n’a pas été accepté dans l’équipe de football de son école et qu’il vient, en plus, de perdre la collection de timbres qu’il avait depuis ses huit ans.

En terminant, je voudrais dire que les souffrances ne se comparent pas et que d’ici à ce que l’on invente une machine pour vivre les émotions des autres, nous n’avons pas le droit de juger du niveau de tristesse des autres.