Les costumes d’Halloween, reflets de la société

Mathilde Billau du Collège Saint-Joseph

Publié le 12 décembre 2016

Une partie des costumes

©TC Media - Marie Pier Lécuyer

Nous sommes en automne, des feuilles colorées d’orangé sont dispersées sur nos sols, douce est la brise du vent, et s’amorce la vente de décorations automnales. Mais surtout, cette période de l’année rime avec Halloween, une célébration constituant un des nombreux incontournables culturels de notre société moderne.

Une occasion en or pour se déguiser, se vêtir à notre guise en tentant d’être autre que ce que l’on est, sans toutefois rejeter notre personnalité.  Néanmoins, il semblerait que, derrière les options de costumes qui s’offrent à nous, soient évoqués des stéréotypes et l’hyper sexualisation de la femme. Tout cela est déroutant. Triste est de constater que notre situation de tolérance et d’ouverture, en tant que population, ne s’est pas vraiment, dans les faits, améliorée. Qu’un changement s’impose toujours.

Dans cette intention, commençons par aborder les problèmes que causent des costumes de geishas, de cow-boys, de Mexicains, d’Indiens, etc. Ceux-ci symbolisent vraisemblablement des caricatures de minorités visibles, jouent sur les différences entre les peuples et leurs caractéristiques communes pour en faire des stéréotypes, transmis aux différentes générations encore aujourd’hui. Ainsi, lorsque l’on se déguise de la sorte, l’on semble faire des bêtes de foire de peuples qui sont, à l’origine, riches en culture, et dont on ne devrait pas se moquer, mais bien admirer la différence et ainsi apprécier le multiculturalisme qui nous enrichit tant. Dans un esprit ludique, on s’amuse à promouvoir des clichés, avec des articles promotionnels, inconscients de notre apport dans ce processus. Les Mexicains portent-ils tous des sombreros à toute heure de la journée, peu importe l’occasion ? Les Amérindiens d’aujourd’hui se promènent-ils tous réellement en revêtant des plumes sur la tête et quelques feuilles ou tissus pour ne pas être complètement nus ? Absolument pas ! Au contraire, il faut être bien dupe pour croire que ces perceptions suffisent à définir une réalité. Alors pourquoi les représenter de manière aussi erronée. Pourquoi nous permettre le privilège d’illustrer une autre culture que la nôtre, sans même en connaître les valeurs et les bases ? Surtout que certains des articles vendus avec ces déguisements représentent, en fait, des symboles sacrés ou encore des injures à leurs valeurs. Si bien que ces habits peuvent porter préjudice à la cohésion sociale et à la cohabitation des peuples divers de notre société oh! combien multiculturelle, mais toujours maintenue inepte par rapport aux traditions autres que les siennes. La diversité que l’on encourage autant est remise en question par la perpétuation de préjugés sous couvert de costumes d’Halloween.

Ensuite, n’oublions pas que notoire est la différence entre les costumes proposés aux hommes et aux femmes. Minijupes, corsets en cuir, talons trop hauts, maquillage à outrance, décolletés plongeants, costumes trop courts, transparents, provocants, voire vulgaires. Tout semble nous énoncer les rôles proposés aux femmes, qui sont ceux d’objets, de poupées, de marionnettes ne méritant pas d’exercer des professions respectables de cadres, de médecins, d’avocates, de policières, de pompières, les incitant à agir de la sorte dès leur plus jeune âge. Mentionnons les déguisements pour petites filles malheureusement aussi teintés d’indécence. Dans le même ordre d’idées, comparons un costume de policier pour homme à celui d’une policière offert à une femme. À première vue, comme il s’agit de la même profession, il semblerait normal qu’on ne dénote pas de réelles différences, l’uniforme étant, à quelques détails près, identique dans le monde du travail. Pourtant, ce n’est pas du tout le cas : une altération considérable est constatée. En effet, ce même costume en version féminisée ne se résumera pour la plupart du temps qu’à une combinaison provocante, moulante, une paire d’escarpins ainsi que des menottes. Tout semble avoir été conçu dans un but d’hyper sexualiser la femme.  Comme s’il était pratique de contrer le mal vêtu d’un ensemble limitant nos mouvements et nous retirant toute crédibilité.

Compte tenu de ce qui précède, on réalise que la société se joue de nous en ridiculisant les femmes qui exercent des professions qu’elle juge réservées aux hommes, et ne daigne les dépeindre positivement.  Elle détruit l’estime des filles en leur imposant un mode de pensée, selon lequel les femmes sont et seront toujours destinées à amuser, à représenter des objets sexuels, alors que les hommes possèdent la capacité d’agir et d’être respectés pour leur audace et leur courage. Ces dernières pensent alors devoir s’exposer pour obtenir ne serait-ce qu’un minimum de considération de la part de leurs pairs. Sexistes, sexualisés, dégradants, voilà comment décrire la majorité des costumes que l’on nous encourage à porter. De quoi véhiculer des valeurs de rabaissement, d’obéissance, d’antiféminisme, d’anti-égalisation. J’aurais évidemment préféré employer un lexique autre que celui des inégalités, mais je me dois d’exposer le plus possible les faits, représenter la réalité, aussi décevante qu’elle soit.

Enfin, devant cette mise à nu des sens cachés, la plupart se déresponsabiliseront. Bien sûr, je vous le concède, en se vêtant des multiples manières précédemment mentionnées dans le texte, peu sont conscients des messages qu’ils renvoient. Bon nombre de personnes choisissent les ensembles qu’ils trouvent les plus attrayants, et il ne faut pas oublier l’incidence du budget dans leur décision. Cependant, n’oublions pas que nos faits et gestes peuvent toujours avoir un impact sur autrui et qu’en raison de cela, nous nous devons d’adopter une certaine attitude de respect, dans le but de ne blesser personne. Je n’avance pas qu’il faut immédiatement cesser de se déguiser en individus, ne valoriser que des costumes de nature non vivante ou encore des plantes, et de constamment se soucier de ce que les autres pensent, jusqu'à s’autocensurer ou se brimer par convention. Non, loin de là se situe le message que je tente de transmettre. Par ailleurs, j’estime qu'idéalement, il semblerait plus sain et respectueux de dorénavant sélectionner plus soigneusement les habits que nous souhaitons revêtir à l’occasion de cette fête. Pourquoi ne pas se déguiser en personnages inspirants ? Une icône féministe peut être un exemple de détermination ou encore un individu brillant par son intelligence ? Laissons de côté les déguisements qui cataloguent les fonctions, qui caricaturent les cultures, qui personnifient l’impéritie et le caractère rétrograde de la société. Refusons de représenter sexisme, intolérance, incompréhension; choisissons d’inspirer force, courage, ambition, intelligence, espoir, dévouement.