«Je suis Charlie», vraiment?

Hajare Iraqui de l'École secondaire Grande-Rivière

Publié le 27 mars 2015
Étudiant Outaouais

L'attaque contre Charlie Hebdo continue de susciter l'indignation auprès de la communauté internationale. Les réseaux sociaux s'enflamment à coup de «Je suis Charlie», des marches s'organisent... l'événement est sur toutes les lèvres. À leur tour, les grands chefs d'État ont aussitôt condamné l'attaque et ont réitéré leur fervent appui à la liberté d'expression. Le dimanche 7 janvier, nous les avons vus, main dans la main, à la tête de la manifestation contre le terrorisme. Or, malgré leurs belles paroles et leur mobilisation pour cette cause plus que respectable, je ne peux m'empêcher de leur reprocher une certaine forme d'hypocrisie...

D'abord, les figures des gouvernements français ont dit à maintes reprises que les caricatures du prophète Mohammed relevaient de la liberté d'expression et que leur publication était légitime. Soit. Dans les faits, malheureusement, il semblerait qu'on ait le droit de se moquer de tout, mais seulement dans la mesure où cela n'importune pas les têtes au pouvoir. Par exemple, Dieudonné, humoriste controversé pour son côté très provocateur, s'était vu qualifié d'antisémite à la suite d'un sketch où il tournait en dérision un colon israélien. Quelques années plus tard, le président Hollande avait qualifié l'interdiction de représenter son nouveau spectacle, le mur, de «victoire» pour les mêmes raisons. Dans le même ordre d'idées, en 2008, un caricaturiste de Charlie Hebdo, Maurice Siné, s'est fait licencier à la suite d’une caricature considérée antisémite, accusation finalement démentie par la justice. Aussi, il est anormal que Philippe Tesson, chroniqueur et journaliste français, n'ait fait face à aucune accusation, contrairement à d'autres, alors qu'il a dit que « C’est les musulmans qui amènent la merde en France ». Ce n'est pas de l'incitation à la haine, ça? En fait, la question n'est pas tant de savoir si ces caricatures, ces blagues satiriques et ces paroles revêtirent véritablement d'un caractère raciste, islamophobe, antisémite, etc. mais plutôt de mettre fin à ce deux poids, deux mesures auxquels nous faisons actuellement face.

Ensuite, il est particulièrement hypocrite de notre part, de la part de nos gouvernements et de nos médias de condamner avec autant de ferveur la mort des 17 personnes durant les attaques perpétrées la semaine dernière, alors qu'on ferme les yeux sur celles de millions d'autres. Pourquoi n'y a-t-il pas autant de gens qui s'offusquent de la mort des centaines de milliers de Syriens depuis le début des conflits en 2011 et des enfants qui, actuellement, meurent de froid dans les refuges? Pourquoi si peu de gens s'insurgent du fait que Boko Haram ait livré leur attaque la plus meurtrière au Nigéria pas plus tard que la semaine dernière? Pourquoi n'y a-t-il pas autant d'indignation lorsque des centaines de milliers de Palestiniens sont tués par l'État israélien, qui, dois-je le rappeler, peut compter sur le soutien des grandes puissances de ce monde? D'ailleurs, la présence de Benjamin Netanyahu à la manifestation contre le terrorisme, dimanche, est un bel exemple de cette mascarade... À vrai dire, il ne faut pas se laisser aller à une « comparaison » des tragédies, mais plutôt de traiter toutes vies humaines sur un pied d'égalité.

Enfin, l'attaque commise contre Charlie Hebdo est un acte odieux qui doit être condamné sans équivoque. En effet, la liberté d'expression est une valeur qui nous unit et qui constitue le pilier d'une société démocratique. D'un autre côté, il ne faut pas se laisser berner par les paroles de nos gouvernements qui, bien trop souvent, ne sont pas si « Charlie » qu'ils le prétendent..