Maryse Vallières : Sonia, vers quel âge as-tu commencé à être victime d’intimidation?
Sonia Denis : Vers l’âge de 12 ans, soit vers ma première année d’entrée au secondaire.
M.V. : Est-ce que les personnes qui t’intimidaient étaient des personnes de ta classe?
S.D. : Certaines personnes faisaient partie de ma classe et d’autres non.
M.V. : Quel genre d’intimidation subissais-tu et combien de personnes t’intimidaient environ?
S.D. : J’ai plutôt été intimidée directement et mentalement. J’ai été poussée et traitée de toutes sortes de noms. Il y avait environ une dizaine d’intimidateurs et intimidatrices, plutôt filles, mais quelques garçons aussi.
M.V. : Quelles ont été les conséquences de l’intimidation sur toi lorsque tu la subissais et aujourd’hui, quelles séquelles en gardes-tu?
S.D. : J’avais plutôt le trac de venir à l’école, j’avais des maux de ventre, j’avais de moins en moins confiance en moi et bien évidemment, j’avais peur. Je me suis souvent sentie comme responsable de ce qui m’arrivait. Aujourd’hui encore, j’ai un suivi avec une travailleuse sociale, ainsi qu’un psychiatre.
M.V. : Comment as-tu fait pour te sortir de cette situation?
S.D. : En fait, je ne m’en suis pas réellement sortie. J’ai déjà tenté de me suicider, je n’en parlais à personne et ça exerçait beaucoup de pression sur moi.
M.V. : Est-ce qu’avant les tentatives de suicides, tu y avais souvent pensé?
S.D. : Oui, j’y avais souvent pensé et je me suis renseignée, je savais exactement ce que je faisais et le fait de me suicider, c’était vraiment pour moi comme la dernière solution.
M.V. : Qui ou qu’est-ce qui t’a empêché de refaire une tentative par la suite?
S.D. : Après ma dernière tentative, j’ai dû passer deux semaines à l’hôpital, j’ai donc eu le temps de réfléchir à certaines choses. Je suis aussi beaucoup plus surveillée et j’ai beaucoup de spécialistes qui m’aident et m’écoutent quand j’en ai besoin. Maintenant, je ne vois plus la nécessité de disparaître. Je vois la vie sous un nouvel angle.
M.V. : Qui t’a amené à l’hôpital?
S.D. : J’ai appelé la police et j’ai dit que ça n’allait pas et que j’avais tenté de me suicider, alors une ambulance est venue et m’a amenée à l’hôpital.
M.V. : Pourquoi as-tu appelé la police plutôt que de demander de l’aide à tes parents?
S.D. : J’avais peur de la réaction de mes parents en leur disant que j’avais tenté de me suicider.
M.V. : Aujourd’hui, comment te sens-tu face aux personnes qui t’on fait subir tout ça?
S.D. : Aujourd’hui si les personnes qui m’ont intimidée avaient besoin d’aide, je serais encore là pour les aider. Il ne faut pas détester les personnes qui intimident… Je pense que c’est une façon pour elles de se sentir importantes et elles ont peut-être elles-mêmes besoin d’aide.
M.V. : Leur as-tu tout pardonné?
S.D. : Non, je ne leur ai pas tout pardonné. Je ressens toujours de la colère face à elles, mais ce n’est pas cette colère qui va régler les problèmes. Encore aujourd’hui, certaines personnes m’intimident, mais je n’en fais plus de cas, je l’ai accepté comme étant «normal».
M.V. : Que dirais-tu à toutes les personnes qui sont en ce moment même victimes d’intimidation?
S.D. : L'intimidation encore aujourd'hui est un problème grave car souvent par peur, les victimes ne parlent pas et restent dans le silence. Aujourd'hui, je peux mieux que quiconque dire comment se sent une personne qui se fait intimider. Les sentiments qu'on ressent ne sont pas agréables, ça entraîne la perte de confiance en soi, la peur, et surtout l'impuissance. Les victimes d'intimidation se posent souvent les mêmes questions : «Pourquoi moi », « Qu’est ce que j'ai fait pour mériter ça?»
C'est questions sont sans réponses car en aucun cas vous n’êtes responsable des paroles et des gestes des autres. Parfois ceux-là même qui posent de tels gestes en ont été victimes un jour.
Ne restez pas dans la peur ni dans la solitude, parlez-en autour de vous, ça aide, c’est ça qui m’a aidée… Voilà pourquoi je vous en parle aujourd’hui !