Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps que sera ma vie…

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Elena Chudzia-Conde du Collège Saint-Joseph de Hull

Comme dans la très belle chanson de Bécaud Et maintenant (qui parle de l’insupportable vide laissé par le départ d’un être aimé), dernièrement, ma chère grand-maman que j’aimais tendrement est partie rejoindre son mari au ciel qui l’y attendait depuis quelques mois.

Je suis certain qu’ils se tiennent par la main comme deux colombes qui ne sauraient vivre l’une sans l’autre trop longtemps. Voir ma mère prostrée par la douleur et qui pleurait toutes les larmes de son corps m’a fait prendre conscience de la valeur de la vie et de l’importance de chérir ceux qui nous aiment et que nous aimons quand ils sont encore à nos côtés.

Quand j’ai perdu mon père, il y a trois ans, je n’avais alors que 14 ans et je ne voulais pas accepter qu’il ne puisse être là pour assister aux différents événements qui jalonneraient ma vie. Alors que le soleil brillait encore avant qu’il ne meure, tout à coup le ciel s’est couvert de gros nuages menaçants car il n’était plus là pour me protéger et me guider. J’avais le cœur en berne et quand le cœur saigne, il ne peut rationnaliser, accepter, comprendre. J’ai tout à coup perdu cette légère insouciance qui est le propre de l’enfance et de l’adolescence.

Maintenant, j’ai 17 ans et malgré mon jeune âge, je réalise que malheureusement, dans nos sociétés occidentales, la mort a quelque peu perdu de sa signification profonde, car dépouillée bien souvent des rituels, du sacré et du solennel qui en faisaient un rite de passage comme le baptême, le mariage ou les derniers sacrements. En évacuant ces valeurs, nous nous retrouvons devant un vide qu’il nous faut combler autrement; nous ne disposons plus de repères. Et c’est la raison pour laquelle nous assistons à toutes sortes de façons, plus ou moins farfelues, de vivre cette dernière étape de notre vie.

Nous évoluons dans une société qui n’a plus guère le temps de s’attarder au sens profond de la vie et de la mort. La mort, pour beaucoup de mes contemporains, dérange. La souffrance de ceux qui subissent une perte est un boulet que l’on traîne, car elle nous confronte avec ce que nous voulons à tout prix occulter: notre propre finitude. Et cela nous ne pouvons l’accepter.

Nous vivons dans des sociétés festives où il faut à tout prix s’amuser et s’accomplir personnellement, remettre le pied à l’étrier le plus rapidement possible car le temps file, et le temps, c’est de l’argent. L’individualisme est poussé à son paroxysme ainsi que le culte du corps. D’ailleurs, la science ne s’emploie-t-elle pas à repousser de plus en plus l’issue fatale et la médecine à nous faire paraître de plus en plus jeunes?

Mais la Grande Faucheuse, elle, n’en a cure et nous attend au tournant. Alors comment trouver un sens à l’inacceptable? Comment continuer malgré la douleur qui nous afflige? Comment accepter que ce bébé que nous mettons au monde, un jour ne sera plus que poussière? Comment accepter que la mère que nous chérissons tant, ne soit plus là pour nous consoler ou pour nous prodiguer sa tendresse? Ce sont notamment à ces questions existentielles on ne peut plus fondamentales que la religion aussi bien que la philosophie ont tenté de répondre.

 

Par exemple, le courant existentialiste répudie une quelconque croyance ou doctrine théologique et considère l’absurde et le néant comme des éléments essentiels de l’existence humaine. Aussi, pour ce mouvement philosophique, il faut vivre sa vie pleinement ici et maintenant, car le néant nous attend. Toutefois, pour les catholiques, l’existentialisme est une philosophie cynique, en cela qu’elle fait abstraction de l’âme, qui, elle, est éternelle. Les catholiques considèrent plutôt que la vie sur terre n’est qu’un passage qui se poursuit dans l’au-delà pour l’éternité, et par conséquent la foi en Dieu est un élément essentiel de ce passage vers autre chose d’encore mieux, car nous serons réunis avec ceux qui nous ont quittés et que l’on a aimés.

 

Après avoir réfléchi à cette question plutôt complexe, j’en suis venue à la conclusion que la mort reste un mystère qui est inhérent à notre humanité. Ce qui restera de nous après notre court passage sur cette terre dépend de nous seuls, car nous seuls sommes maîtres de notre destinée et décidons de changer les choses en vivant en bonne intelligence avec notre entourage, en nous montrant empathiques et disponibles envers les plus vulnérables d’entre nous qui ont tant besoin qu’on leur ouvre les bras. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons atteindre la paix intérieure sans laquelle la vie n’est qu’un tourment qui jamais ne nous donne de répit.

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