Intimidation

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Fériel Rahmani de l'École secondaire Grande-Rivière

Voltaire disait : «Le premier des devoirs sans doute est d’être juste». Hélas, plusieurs de nos contemporains font fi de ces sages paroles, de cet appel à la justice, particulièrement lorsque nous parlons d’intimidation. Cette menace pèse dans les établissements scolaires du Québec, prête à s’abattre sur nous, jeunes gens, tel un rapace guettant sa proie. Mais qui en parle? Personne. Silence et chuchotements, de peur et de désarroi, chape de plomb qui pèse sur toute une société qui entrave toute action et qui mène parfois à l’irréversible….

La province entière resta en émoi face au désolant suicide de Marjorie Raymond, une adolescente de 15 ans, en proie à l’intimidation dans son environnement scolaire. Harcelée par une camarade de classe et discriminée à cause de sa provenance d’une autre région, l’intégration de cette jeune fille à l’école secondaire fut si éprouvante qu’elle ne trouva comme seul échappatoire que l’extrême option de se donner la mort.

Ce fléau, au grand dam de ses victimes, est un problème d’une tristement énorme ampleur dans notre société. Le psychologue Richard Gagné, secrétaire de l'Association des psychologues scolaires du Québec, a déclaré : «Quand on parle d'intimidation, on parle de 10 % des enfants, dans toutes les écoles, qui, à toutes les semaines, vivent du rejet, du mépris, des menaces, de l'exclusion». Selon ses propos, un enfant sur dix subit donc régulièrement la cruauté de ses pairs, ce qui est tout bonnement abominable et insensé. Dans une autre optique, serait-ce la manifestation d’un mal-être touchant les jeunes intimidateurs ou bien la mise en valeur d’une pensée de domination, continuellement exacerbée par notre environnement pour le moins compétitif?

Pourtant, l’article premier de la « Déclaration universelle des droits de l'homme », établie par l’Organisation des Nations Unies en 1948, affirme que «tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité». Tristement, l’enjeu de l’intimidation bafoue cet article de deux façons, par le biais d’une atteinte à la dignité et à l’intégrité de la victime ainsi que par celui du manque de fraternité et de compassion de la part de l’individu menaçant.

Par ailleurs, à mon avis, il serait profitable de s’intéresser au cas que présentent les États-Unis, là où l’intimidation vole l’avenir de la jeunesse de la même façon sournoise que cette menace invisible le fait ici. En 1998, un garçon de 13 ans nommé Josh Belluardo rendit l’âme à la suite d’un coup porté à la tête par un autre élève. Un an plus tard, ce drame entraina le vote, par l’état de la Géorgie, d’une loi «anti-bullying» visant à lutter contre l’intimidation. Une loi de la sorte ne serait-elle pas profitable au Québec?

Bien plus que des rassemblements, sondages et pressions sera nécessaire pour modifier la tendance et apprendre à l’individu le respect qu’il doit à autrui. Combien faudra-t-il de Marjorie Raymond avant que l’intimidation ne soit contrée par la volonté collective dont nous pouvons faire preuve?

Organisations: Organisation des Nations Unies

Lieux géographiques: Québec, États-Unis, Géorgie

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