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Analogie du droit de vote

Publié le 10 Mai 2011
Publié le 10 Mai 2011

Mai est arrivé, amenant avec lui les ciels bleus et les amours printanières. Il semble que tout rit, et que les arbres verts sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers. Les pancartes électorales, au bord des fleuves endormis, se courbent mollement comme de grandes palmes; l’électeur palpite au fond de l’isoloir tiède et calme, tandis que son petit, tel que répété tout au long de l’hiver, migre vers le centre commercial afin de se lancer dans une exaltation dépensière.

Sujets :
Otesha , Trêve

Trêve de dilettantisme agreste et de caricatures de Victor Hugo! Et si les activités de ces deux ambassadeurs de la gent animalière avaient autant d’importance l’une que l’autre? À première vue, considérer les fonctions citoyenne et consommatrice comme d’influence égale peut paraître saugrenu. Selon l’idéal populaire, le vote est une action circonspecte et cartésienne, réfléchie dans l’optique de potentielles conditions meilleures non seulement pour soi, mais aussi pour sa patrie – notez ici que le sens de «conditions meilleures» diverge en plusieurs prédilections, propres à chaque individu. Quant à la consommation, celle-ci est un geste quotidien, quasi naturel, et qui répond, le plus souvent et malgré moult bonnes intentions, à la loi du moins cher. Suivant la logique des choses, le vote s’adresse aux adultes, théoriquement tous des êtres de raison et de sagesse, tandis que la consommation est accessible à tous. Néanmoins, la réalité se situe à des années-lumière de cet idéal. Sans vouloir tomber dans le cliché selon lequel «acheter, c’est voter», les conséquences d’un mode de consommation malavisé peuvent être aussi graves, voire même pires que celles d’un vote inconsidéré. En recherchant l’achat de la plus grande quantité pour le moindre prix, le consommateur encourage le marché à produire selon ses attentes. Et qui dit petits prix, dit petits coûts de production : on coupe à la hache, sans retenue, dans la préservation de l’environnement, ainsi que dans la qualité de vie des ouvriers. Si bien que, selon l’organisation Otesha, la très large majorité de ces travailleurs d’ici et d’outre-mer qui turbinent dans des conditions insalubres reçoivent une rémunération inférieure au salaire vital, soit le nécessaire pour subvenir aux besoins d’eau, de nourriture et de logement. Avec un salaire aussi dérisoire, ces gens n’ont pas les moyens d’éduquer leurs enfants, perpétuant ainsi le cercle vicieux de la pauvreté.

 Le consommateur, à son poste devant les tablettes d’un magasin, a devant lui non seulement des produits, mais des versions différentes du monde dans lequel il veut vivre. En achetant, il fait des choix en matière d’environnement, de santé, d’éducation, de conditions de travail pour des gens d’ailleurs. Et contrairement aux grands principes de la démocratie, un seul achat compte plus qu’un simple vote, puisqu’il n’a pas besoin de faire partie d’une majorité pour avoir de l’influence. Si le consommateur est capable de décider de ce qui est bon ailleurs, il devrait par conséquent avoir le droit de choisir de la manière dont lui-même et sa propre société vivent. Bref, si quelqu’un a le droit de consommer, il devrait par conséquent avoir aussi le droit de voter. Et ceci s’applique également à tous ceux qui ont moins de dix-huit ans.

 N’en déplaise aux publicitaires, que la société ait besoin de plus de consommateurs que de citoyens désole les mineurs plébéiens. Si la jeunesse pouvait avoir une autre responsabilité que celle de consommer avant les prochaines élections, peut-être alors aurons-nous droit à un gouvernement qui redonnera à la scolarité ses lettres de noblesse… et avec une meilleure éducation, les articles dans les journaux étudiants seront peut-être plus sagaces!

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